Chaque hiver, les montagnes appellent des millions d’amateurs de glisse, promesses de paysages immaculés et de sensations fortes. Pourtant, cette communion avec la nature n’est pas sans risques. Les accidents, souvent évitables, viennent parfois gâcher la fête. La prudence et la connaissance des bonnes pratiques sont les meilleurs alliés pour que le plaisir reste le seul maître mot de vos journées sur les pistes. La toute première règle de cette prudence élémentaire consiste à s’informer sur les conditions du jour, car la montagne est un environnement changeant et exigeant.
Vérifier la météo et les conditions d’enneigement
Consulter les bulletins spécialisés avant de partir
La météo en montagne peut changer de manière spectaculaire et rapide. Il est donc impératif de ne pas se fier à une simple application généraliste. Consultez le bulletin neige et avalanche (BNA) ou le bulletin d’estimation du risque d’avalanche (BERA) émis par les services météorologiques spécialisés. Ces rapports fournissent des informations cruciales sur la stabilité du manteau neigeux, le risque d’avalanche chiffré sur une échelle de 1 à 5, ainsi que les prévisions de vent, de température et de visibilité en altitude.
Observer l’état des pistes sur place
Une fois en station, les informations affichées au départ des remontées mécaniques sont votre meilleure source d’information en temps réel. Elles indiquent les pistes et les liaisons ouvertes ou fermées, les risques particuliers signalés par les pisteurs-secouristes et confirment les conditions du jour. Prêtez attention aux drapeaux et aux panneaux de signalisation qui peuvent évoluer au cours de la journée.
Adapter son programme aux conditions
Savoir renoncer est une preuve d’intelligence en montagne. Une visibilité réduite par le brouillard, un vent glacial ou des chutes de neige intenses doivent vous inciter à la plus grande prudence. Il est parfois plus sage de rester sur les pistes les plus faciles, en forêt, ou même d’écourter sa journée de ski. Skier dans des conditions difficiles augmente considérablement la fatigue et le risque de chute ou de collision.
Une bonne lecture des conditions est la première étape d’une journée réussie, mais elle ne sert à rien si le matériel que vous utilisez n’est pas parfaitement adapté et entretenu.
Équipement de ski : choisir le bon matériel
Le réglage des fixations : un point non négociable
Un mauvais réglage des fixations est l’une des causes principales de blessures graves, notamment les entorses du genou qui, rappelons-le, représentent près d’un tiers des accidents. Ce réglage doit être effectué exclusivement par un professionnel. Il se base sur une norme précise (ISO 11088) qui prend en compte votre poids, votre taille, votre âge, votre niveau de ski et la longueur de la semelle de votre chaussure. Une fixation bien réglée doit déchausser lors d’une chute pour protéger vos articulations, mais pas de manière intempestive.
Choisir des skis et chaussures adaptés à son niveau
Le matériel a énormément évolué et il existe aujourd’hui des équipements pour chaque type de pratique et chaque niveau. Les débutants, qui sont statistiquement deux fois plus exposés au risque d’accident, doivent opter pour des skis plus souples et plus courts, qui facilitent les virages et le contrôle. Les skieurs experts se tourneront vers du matériel plus rigide et plus performant. Le confort de la chaussure de ski est également primordial pour bien contrôler ses skis.
| Caractéristique | Débutant | Expert |
|---|---|---|
| Flex du ski | Souple | Rigide |
| Taille du ski | Plus courte (menton/nez) | Plus longue (taille/front) |
| Rigidité de la chaussure | Faible (flex 60-80) | Élevée (flex 110-130) |
Les protections complémentaires
Au-delà du trio skis-chaussures-fixations, d’autres équipements contribuent à votre sécurité. Une protection dorsale est fortement recommandée pour la pratique du snowboard ou du ski en snowpark. Pour les amateurs de freestyle, les protège-poignets peuvent éviter bien des fractures. Enfin, des lunettes de soleil ou un masque de bonne qualité (catégorie 3 ou 4) sont indispensables pour protéger vos yeux de la forte réverbération sur la neige.
Un équipement adéquat et bien réglé est une condition nécessaire, mais elle doit s’accompagner d’une bonne condition physique pour être pleinement efficace.
L’importance de la préparation physique avant le ski
Pourquoi se préparer physiquement ?
Le ski est un sport complet et exigeant qui sollicite des groupes musculaires peu utilisés dans la vie quotidienne. Partir sur les pistes sans aucune préparation expose à une fatigue prématurée, qui est souvent la cause d’accidents en fin de journée. Une bonne préparation permet de réduire le risque de courbatures, d’entorses et de chutes dues à un manque de lucidité ou de réactivité musculaire. Les médecins de montagne insistent sur ce point : une meilleure forme physique diminue le risque de blessure.
Quels exercices privilégier ?
Idéalement, une préparation physique devrait commencer plusieurs semaines avant le séjour au ski. L’objectif est de travailler l’endurance, le renforcement musculaire et l’équilibre. Voici quelques exercices recommandés :
- Pour les cuisses : des exercices de squat, de fentes et la position de la chaise.
- Pour la sangle abdominale : des exercices de gainage (planche).
- Pour l’endurance : la course à pied, le vélo ou la natation.
- Pour l’équilibre : des exercices sur une jambe ou sur un plateau d’équilibre (bosu).
L’échauffement matinal avant de chausser
Une fois sur place, ne négligez jamais l’échauffement avant votre première descente. Quelques minutes suffisent pour réveiller vos muscles et vos articulations : rotations des chevilles, des genoux et du bassin, quelques flexions et étirements doux des ischio-jambiers. Cet automatisme simple peut vous sauver d’une blessure dès le début de la journée.
Le corps ainsi préparé et protégé par un bon matériel, il reste à couvrir la partie la plus précieuse et la plus exposée de votre anatomie.
Port du casque : un indispensable pour la sécurité
Une protection vitale contre les traumatismes crâniens
Longtemps boudé, le casque est aujourd’hui devenu un équipement quasi universel sur les pistes, et à juste titre. En cas de chute ou de collision, même à faible vitesse, il réduit de manière significative la gravité des chocs à la tête. Les traumatismes crâniens font partie des accidents les plus graves en ski et le casque est la seule protection efficace contre ce risque. Son port devrait être un réflexe pour tous, quel que soit le niveau.
Bien choisir et entretenir son casque
Pour être efficace, un casque doit être à la bonne taille, ni trop serré, ni trop lâche, et la sangle jugulaire doit être correctement ajustée. Il doit répondre à la norme européenne en vigueur (CE-EN1077). Il est également crucial de savoir qu’après un choc important, même sans dommage visible, la structure interne du casque peut être endommagée. Il est donc impératif de le remplacer.
Une quasi-obligation morale et légale pour les enfants
Si le port du casque n’est pas légalement obligatoire pour les adultes dans la plupart des pays, il l’est très souvent pour les enfants dans le cadre des cours de ski. Au-delà de l’obligation, c’est une responsabilité parentale que d’équiper son enfant d’un casque pour toute activité de glisse.
Se protéger individuellement est une base, mais la sécurité sur les pistes est avant tout une affaire collective qui repose sur le respect de règles communes.
Respect des règles de conduite sur les pistes
Les 10 règles de la Fédération Internationale de Ski
La Fédération Internationale de Ski (FIS) a édicté des règles de bonne conduite simples et universelles. Elles visent à organiser la cohabitation des skieurs de tous niveaux sur un espace partagé. La règle fondamentale est la maîtrise de sa vitesse et de son comportement. Chaque skieur doit adapter sa vitesse et sa trajectoire à ses capacités personnelles, aux conditions de terrain, de neige, et à la densité du trafic sur la piste.
Priorité au skieur aval
Une règle d’or à retenir : le skieur situé en amont (au-dessus) est responsable de la trajectoire et doit choisir un chemin qui ne met pas en danger le skieur en aval (en dessous). C’est à lui d’anticiper et d’éviter la collision. De même, lors d’un dépassement, celui qui double doit laisser suffisamment d’espace à l’autre skieur pour toute manœuvre.
S’arrêter en toute sécurité
Comme le rappellent les pisteurs, il ne faut jamais s’arrêter sans nécessité au milieu d’une piste, dans un passage étroit ou sans visibilité. Si vous devez faire une pause ou après une chute, dégagez la piste le plus rapidement possible et positionnez-vous sur le bord. Avant de repartir, assurez-vous en regardant vers l’amont et l’aval que vous pouvez le faire sans danger.
Ces règles s’appliquent sur le domaine skiable balisé, mais certains skieurs sont attirés par les grands espaces vierges qui présentent des dangers d’une tout autre nature.
Attention aux zones de hors-piste
Un terrain de liberté aux risques multiples
Le ski hors-piste offre des sensations uniques mais il s’agit d’un environnement de haute montagne, non balisé, non surveillé et non sécurisé. Les dangers y sont nombreux : avalanches, crevasses cachées sous la neige, barres rocheuses, souches d’arbres. S’y aventurer sans une connaissance parfaite du terrain et des conditions nivologiques est extrêmement dangereux.
L’équipement de sécurité : la trilogie indispensable
Quiconque pratique le hors-piste doit impérativement être équipé du triptyque de sécurité : Détecteur de Victimes d’Avalanche (DVA), pelle et sonde. Cet équipement ne sert à rien si l’on ne sait pas s’en servir. Des formations régulières sont nécessaires pour maîtriser les techniques de recherche de victimes. Un sac airbag peut également augmenter considérablement les chances de survie en cas d’avalanche.
Ne jamais partir seul et savoir renoncer
La règle d’or du hors-piste est de ne jamais partir seul. Il est fortement recommandé de faire appel à un guide de haute montagne ou à un moniteur de ski diplômé. Ils possèdent l’expertise pour évaluer les risques et choisir l’itinéraire le plus sûr. Et même accompagné, il faut savoir faire demi-tour si les conditions semblent trop dangereuses.
Cette prudence est d’autant plus de mise pour ceux qui découvrent la glisse et dont le terrain de jeu doit se limiter strictement aux pistes balisées.
Conseils pour les débutants en ski
Prendre des cours pour acquérir les bonnes bases
Apprendre à skier avec des amis ou de la famille part d’une bonne intention, mais cela conduit souvent à prendre de mauvaises habitudes difficiles à corriger. Un moniteur professionnel vous enseignera les gestes techniques corrects, les règles de sécurité et vous fera progresser en confiance sur un terrain adapté. C’est le meilleur investissement pour débuter le ski dans de bonnes conditions.
Choisir les pistes adaptées à son niveau
La classification des pistes par couleur n’est pas une décoration. Elle indique un niveau de difficulté qu’il faut absolument respecter.
- Piste verte : très facile, idéale pour les premiers pas.
- Piste bleue : facile, pour les skieurs qui maîtrisent le virage chasse-neige.
- Piste rouge : difficile, pour les bons skieurs maîtrisant les virages parallèles.
- Piste noire : très difficile, réservée aux experts.
Vouloir brûler les étapes est le meilleur moyen de se mettre en danger et de se dégoûter du ski.
Apprendre à tomber
Cela peut paraître paradoxal, mais savoir tomber est une compétence essentielle. Un débutant doit apprendre à se laisser tomber sur le côté et vers l’arrière pour minimiser l’impact, plutôt que de lutter pour rester debout et risquer une torsion du genou. Savoir se relever efficacement permet également d’économiser beaucoup d’énergie.
Ces conseils s’appliquent à tous les novices, mais une vigilance toute particulière doit être accordée aux plus jeunes pratiquants.
Sécurité des enfants sur les pistes
Un équipement adapté et une protection maximale
Pour un enfant, le port du casque est absolument non négociable. Il doit être complété par un masque de ski de bonne qualité pour protéger ses yeux fragiles du soleil et du froid. Assurez-vous que ses vêtements sont chauds et imperméables. N’oubliez pas la crème solaire à indice de protection élevé, même par temps couvert.
Leçons de ski et règles simples
Inscrire votre enfant à des cours de ski collectifs est la meilleure façon de lui faire découvrir la glisse de manière ludique et sécurisée. Le moniteur lui apprendra les bases techniques et les règles de comportement essentielles. Apprenez-lui également des règles simples : attendre les parents aux intersections, ne jamais skier seul et savoir qui contacter en cas de problème (le numéro des secours doit être dans sa poche).
La surveillance : une responsabilité permanente
Ne laissez jamais un jeune enfant skier seul. Accompagnez-le sur des pistes adaptées à son niveau et restez toujours à portée de vue et de voix. La fatigue arrive très vite chez les plus jeunes ; soyez attentif aux signes et n’hésitez pas à faire des pauses régulières pour se reposer et s’hydrater.
Malgré une préparation minutieuse et le respect de toutes les consignes, le risque zéro n’existe pas. Savoir comment réagir en cas d’imprévu est la dernière clé d’une pratique responsable.
Que faire en cas d’accident au ski
Protéger, Alerter, Secourir (P.A.S)
Face à un accident, la première chose à faire est de protéger la victime et la zone. Plantez vos skis en croix quelques mètres en amont de l’accident pour signaler le danger aux autres skieurs. Couvrez la personne blessée avec une couverture de survie ou des vêtements pour éviter l’hypothermie, même si elle dit ne pas avoir froid.
Donner l’alerte efficacement
L’alerte doit être donnée le plus rapidement et le plus précisément possible aux pisteurs-secouristes de la station. Le numéro de téléphone d’urgence est généralement affiché sur le plan des pistes et aux départs des remontées. Si vous n’avez pas de réseau, demandez à un autre skieur de descendre au poste de secours le plus proche. Lors de l’appel, précisez :
- Le lieu exact de l’accident (nom de la piste, numéro de la balise la plus proche).
- Le nombre de victimes.
- La nature apparente des blessures.
- Les circonstances de l’accident.
Les gestes à faire et à ne pas faire
En attendant les secours, rassurez la victime. Ne lui donnez ni à boire ni à manger. Sauf en cas de danger immédiat (risque de sur-accident), ne déplacez jamais une personne blessée et ne retirez jamais ses chaussures de ski ou son casque, car cela pourrait aggraver une éventuelle fracture ou un traumatisme.
| Action | Description |
|---|---|
| Protéger | Planter les skis en amont pour baliser la zone. |
| Couvrir | Utiliser une couverture de survie ou des vêtements pour isoler du froid. |
| Alerter | Appeler le service des pistes avec des informations précises. |
| Rassurer | Parler calmement à la victime en attendant les secours. |
| Ne pas bouger | Ne déplacer la victime sous aucun prétexte. |
La sécurité au ski repose sur une chaîne de responsabilités : l’anticipation des conditions, un équipement adéquat et bien réglé, une bonne préparation physique, le respect des règles de conduite et la connaissance des gestes qui sauvent. En intégrant ces réflexes, chaque skieur contribue à faire de la montagne un espace de liberté et de plaisir partagé, où la prudence est la plus belle des traces laissées derrière soi.




