L’arrivée d’un enfant, c’est un raz-de-marée. Un tourbillon d’émotions, de nuits blanches, de couches, de peau à peau, d’amour brut. C’est aussi un moment charnière où chaque parent, et pas seulement la mère, mérite d’avoir le temps de vivre pleinement cette rencontre unique.
Depuis quelques années, le congé paternité a trouvé sa place dans le paysage social français. Il a gagné en légitimité, en durée, en droits… et en visibilité. En 2026, il est plus que jamais un droit fondamental, pensé pour accompagner les pères et seconds parents dans cette étape fondatrice.
Mais comme souvent, entre les textes de loi et la réalité du terrain, il y a un monde. Alors comment s’y retrouver ? Qui y a droit ? Combien de temps ? Quelles démarches faire ? Et surtout : que représente vraiment ce congé dans la construction d’une parentalité égalitaire ?
Comprendre le congé paternité en 2026
Un droit pour créer le lien dès le départ
Le congé de paternité et d’accueil de l’enfant est accordé au père ou au second parent (conjoint, pacsé ou concubin de la mère), à l’occasion de la naissance d’un enfant. Il ne remplace pas les trois jours de congé de naissance financés par l’employeur, mais s’ajoute à ceux-ci.
Son but ? Favoriser un lien précoce avec le bébé, soutenir la mère dans les suites de l’accouchement, et instaurer une dynamique parentale à deux, dès les premières heures. C’est aussi un outil puissant pour avancer vers une répartition plus juste des tâches familiales.
Ce qui a changé ces dernières années
28 jours, une avancée majeure
Depuis la réforme de 2021, le congé paternité est passé à :
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25 jours calendaires pour une naissance simple,
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32 jours en cas de naissances multiples.
Ces jours s’ajoutent au congé de naissance de 3 jours, ce qui porte le total à 28 ou 35 jours.
Une période obligatoire pour poser les bases
Depuis cette même réforme, 4 jours de congé sont obligatoires, juste après le congé de naissance. Autrement dit, 7 jours consécutifs sans possibilité de travailler.
Le reste du congé (21 ou 28 jours) est facultatif, mais fortement encouragé. Il peut être pris en une fois ou fractionné, à condition que chaque période dure au moins 5 jours. Le tout dans les six mois suivant la naissance.
Qui peut en bénéficier ?
Le congé paternité s’adresse à :
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Le père de l’enfant, quel que soit son statut marital (marié, pacsé, en union libre, séparé…),
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Le partenaire de la mère, qu’il soit son conjoint, pacsé ou vivant avec elle.
Pour toucher les indemnités journalières, il faut remplir certaines conditions :
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Être affilié à la Sécurité sociale depuis au moins 10 mois à la date présumée d’accouchement,
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Avoir travaillé un certain nombre d’heures ou cotisé sur un revenu minimum au cours des mois précédents.
Les démarches à connaître (et à anticiper)
Prévenir son employeur : le bon timing
Il est recommandé de prévenir son employeur au moins un mois à l’avance, même si la loi ne l’exige pas par écrit. Mieux vaut envoyer un courrier recommandé avec accusé de réception, en précisant les dates de congé souhaitées.
L’employeur ne peut pas refuser, tant que le salarié respecte les délais. Il peut en revanche, dans le cas d’un congé fractionné, demander que celui-ci soit pris en une seule fois si cela perturbe trop l’organisation de l’entreprise.
Informer la CPAM pour recevoir ses indemnités
Pour que la Sécurité sociale verse les indemnités, il faut :
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Une copie intégrale de l’acte de naissance,
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Une preuve de lien avec la mère (mariage, Pacs ou certificat de vie commune), si on n’est pas le père,
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Une attestation de salaire transmise par l’employeur via la DSN.
Le mieux est de suivre sa demande via son compte Ameli pour s’assurer que tout est en ordre.
Quelle rémunération pendant le congé paternité ?
Les indemnités journalières : combien touche-t-on ?
Pendant le congé paternité, le contrat de travail est suspendu : l’employeur ne verse plus de salaire. À la place, la Sécurité sociale verse des indemnités journalières (IJ), calculées à partir des trois derniers mois de salaire brut.
Une déduction de 21 % (cotisations sociales) est appliquée, et un plafond de rémunération s’applique (réévalué chaque année).
Exemple pour un salarié à 3 000 € brut mensuel :
| Situation | Revenu net estimé | Détails |
|---|---|---|
| En poste | 2 340 € | Salaire net classique |
| En congé paternité (IJ seules) | Environ 2 100 € | IJ plafonnées (estimation) |
| Avec complément employeur | Jusqu’à 2 340 € | Si la convention le prévoit |
Le complément de salaire : un vrai plus
Certaines conventions collectives ou accords d’entreprise garantissent un maintien total ou partiel du salaire pendant le congé. C’est un levier important pour éviter qu’un père renonce à ses droits pour des raisons financières.
Conseil : vérifiez votre convention collective ou demandez à votre RH si un complément est prévu. Cela change tout.
Le congé paternité et votre contrat de travail
Une suspension… sans perte de droits
Le contrat est mis entre parenthèses, mais le salarié conserve tous ses droits :
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Il continue d’acquérir des congés payés,
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Il cumule de l’ancienneté,
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Il bénéficie d’une protection contre le licenciement pendant toute la durée du congé (sauf faute grave ou motif économique).
Retour au travail : à poste égal
Au retour du congé, le salarié doit retrouver :
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Son poste ou un poste équivalent,
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Avec rémunération inchangée,
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Et la possibilité de bénéficier d’un entretien professionnel pour évoquer la suite de son parcours.
Un vrai levier pour l’égalité parentale
Pour que la parentalité ne soit plus une affaire de genre
Ce congé ne concerne pas seulement l’organisation de la famille. Il participe à rééquilibrer les rôles dès le début. Quand un père ou second parent est là, actif, engagé, cela change la donne. Cela soulage la mère. Cela modèle le regard de l’enfant. Cela crée de l’équité, dans la sphère intime comme dans la vie pro.
Ce qui freine encore…
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Le coût : sans complément d’employeur, la perte de revenus peut être un frein réel pour beaucoup de foyers.
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La culture d’entreprise : dans certains milieux, prendre son congé peut encore être vu comme un manque d’engagement.
Briser ces barrières reste un défi, pour faire du congé paternité une norme sociale et non un privilège.
Et demain ? Quelles perspectives pour ce droit parental ?
Vers plus de temps partagé
Si la France progresse, elle reste en retrait face aux pays nordiques, qui ont fait du congé parental partagé un vrai modèle. Là-bas, les pères disposent de droits réservés et bien indemnisés, sous peine de les perdre s’ils ne les prennent pas.
Ces systèmes inspirent. Et la France pourrait aller vers :
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Une meilleure indemnisation pour tous les profils,
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Un congé parental partagé, plus souple et mixte,
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Une plus grande reconnaissance du rôle de second parent, quelle que soit sa configuration familiale.
En résumé
Le congé paternité en 2026 est un droit solide, bien cadré, encore perfectible mais fondamental. Il ne s’agit pas d’un luxe. Il s’agit de temps donné pour créer du lien, construire une présence, amorcer une répartition plus juste des rôles parentaux.
Pour en bénéficier pleinement, il faut anticiper, s’informer, revendiquer ses droits et oser les prendre. Parce qu’être là, vraiment, dans les premiers jours d’un enfant, c’est aussi poser les bases d’un monde plus équilibré, dès le berceau.




