Réglisse : un abus peut nuire à votre santé ?

par | Août 3, 2025 | Santé et bien-être | 0 commentaires

Derrière son goût si caractéristique, à la fois doux et amer, se cache une réalité sanitaire souvent ignorée. La réglisse, consommée sous forme de bonbons, de boissons ou encore de compléments alimentaires, n’est pas aussi inoffensive qu’elle y paraît. Des études et des avis d’experts, notamment ceux de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), mettent en lumière les risques liés à une consommation excessive. Loin d’être une simple friandise, la racine de cette plante contient un composé actif puissant capable de provoquer de sérieux troubles, notamment cardiovasculaires et métaboliques. Une mise en garde s’impose pour les consommateurs réguliers, dont beaucoup ignorent qu’ils s’exposent à des dangers bien réels pour leur santé.

Les dangers de la réglisse sur la santé

La toxicité de la réglisse ne vient pas de la plante elle-même dans son intégralité, mais d’une substance spécifique qu’elle contient en grande quantité. La compréhension de son mécanisme d’action est essentielle pour saisir l’étendue des risques encourus lors d’une surconsommation.

Un principe actif puissant : la glycyrrhizine

Le principal responsable des effets néfastes de la réglisse est l’acide glycyrrhizique, ou glycyrrhizine. Ce composé possède un pouvoir sucrant intense, mais surtout, une structure moléculaire qui lui permet d’interférer avec les systèmes hormonaux du corps humain. Concrètement, la glycyrrhizine bloque une enzyme clé, la 11-bêta-hydroxystéroïde déshydrogénase de type 2. Cette inhibition a pour conséquence d’augmenter les effets du cortisol au niveau des reins, qui se comporte alors comme l’aldostérone, l’hormone régulant la pression artérielle. Cet effet de type aldostérone-like est à l’origine de la plupart des complications observées.

Une toxicité aux multiples facettes

Lorsque la glycyrrhizine perturbe l’équilibre hydro-électrolytique du corps, plusieurs symptômes et pathologies peuvent apparaître. Les conséquences directes de cette perturbation incluent :

  • Une rétention d’eau et de sodium, provoquant des œdèmes, notamment au niveau des chevilles.
  • Une perte excessive de potassium, un trouble nommé hypokaliémie.
  • Une augmentation significative de la pression artérielle, ou hypertension artérielle.

Dans les cas les plus sévères, une intoxication chronique peut entraîner des maux de tête, une fatigue intense, une faiblesse musculaire généralisée et même des troubles du rythme cardiaque potentiellement mortels.

Interactions médicamenteuses à ne pas négliger

Un autre danger, souvent sous-estimé, réside dans les interactions de la réglisse avec certains traitements médicamenteux. La consommation de réglisse peut amplifier les effets de certains médicaments ou, au contraire, en diminuer l’efficacité. Elle est particulièrement déconseillée en association avec des diurétiques qui favorisent déjà la perte de potassium, ou avec des corticoïdes, dont elle peut majorer les effets. Il est donc impératif d’informer son médecin ou son pharmacien de toute consommation régulière de produits contenant de la réglisse lorsque l’on suit un traitement.

Les perturbations hormonales et électrolytiques induites par la glycyrrhizine ont un impact direct et mesurable sur le système cardiovasculaire, en particulier sur la tension.

Impact de la réglisse sur la tension artérielle

L’un des effets les plus documentés et les plus préoccupants de la surconsommation de réglisse est son influence sur la pression sanguine. Ce phénomène, bien connu du monde médical, transforme une simple gourmandise en un facteur de risque cardiovasculaire.

Le mécanisme de l’hypertension induite

Comme évoqué précédemment, la glycyrrhizine provoque une rétention de sodium et d’eau par les reins. Cette accumulation augmente le volume sanguin circulant dans les artères. Mathématiquement, un volume plus important dans un contenant non extensible, comme le système vasculaire, entraîne une augmentation de la pression sur les parois. C’est ce mécanisme qui conduit à l’hypertension artérielle. Cette hypertension est dose-dépendante : plus la consommation de réglisse est élevée et régulière, plus le risque d’augmenter sa tension est important.

Des symptômes souvent silencieux

Le danger majeur de l’hypertension artérielle est son caractère souvent asymptomatique. Une personne peut avoir une tension très élevée sans ressentir le moindre symptôme, ce qui lui a valu le surnom de « tueur silencieux ». Lorsque des signes apparaissent, il s’agit souvent de maux de tête matinaux, de vertiges, de troubles de la vision, de fatigue ou de saignements de nez. Malheureusement, ces symptômes sont peu spécifiques et peuvent être attribués à d’autres causes, retardant ainsi le diagnostic et la prise de conscience du lien avec la consommation de réglisse.

Des effets réversibles, mais un risque réel

La bonne nouvelle est que l’hypertension induite par la réglisse est généralement réversible. L’arrêt complet de la consommation de produits en contenant permet, dans la majorité des cas, un retour à une pression artérielle normale en quelques semaines. Cependant, une hypertension prolongée, même si elle est modérée, peut causer des dommages irréversibles aux artères, au cœur, au cerveau et aux reins. Le risque d’accident vasculaire cérébral (AVC) ou d’infarctus du myocarde est bien réel pour les consommateurs chroniques.

Si la rétention de sodium et l’hypertension sont les conséquences les plus connues, la perte de potassium qui en découle est un autre trouble grave, mais souvent moins bien identifié par le grand public.

L’hypokaliémie, une conséquence méconnue

En parallèle de l’augmentation de la tension artérielle, la réglisse provoque une fuite de potassium dans les urines. Lorsque les niveaux de potassium dans le sang deviennent anormalement bas, on parle d’hypokaliémie, une condition qui peut avoir des répercussions graves sur l’ensemble de l’organisme.

Qu’est-ce que l’hypokaliémie ?

Le potassium est un électrolyte vital, indispensable au bon fonctionnement de l’organisme. Il joue un rôle crucial dans :

  • La contraction musculaire, y compris celle du muscle cardiaque.
  • La transmission de l’influx nerveux.
  • L’équilibre acido-basique du corps.

Une hypokaliémie signifie que le corps manque de ce carburant essentiel. La carence peut être légère et passer inaperçue, ou devenir sévère et engager le pronostic vital.

Les signes qui doivent alerter

Les symptômes d’une carence en potassium sont variés et dépendent de la sévérité du déficit. Les premiers signes sont souvent une faiblesse musculaire, des crampes, des douleurs musculaires (myalgies) et une fatigue anormale. Peuvent s’y ajouter des troubles digestifs comme la constipation, due au ralentissement du transit intestinal, et des palpitations cardiaques. Dans les cas les plus graves, l’hypokaliémie peut provoquer une paralysie musculaire ou des troubles du rythme cardiaque sévères (arythmies) pouvant conduire à un arrêt cardiaque.

Ces risques, bien que concernant potentiellement tous les consommateurs, sont particulièrement prononcés chez certains individus dont l’état de santé ou l’âge les rend plus vulnérables.

Population à risque : qui doit se méfier ?

Si tout le monde peut subir les effets néfastes d’un excès de réglisse, certaines catégories de la population doivent faire preuve d’une vigilance accrue. Pour elles, même une consommation modérée peut s’avérer dangereuse.

Les personnes souffrant de troubles cardiovasculaires

Les individus déjà atteints d’hypertension artérielle, d’insuffisance cardiaque ou de troubles du rythme sont en première ligne. Pour eux, l’effet hypertenseur et la perte de potassium de la réglisse peuvent déstabiliser leur pathologie, annuler les effets de leur traitement et provoquer une aggravation brutale de leur état de santé. La prudence la plus stricte est donc de mise.

Les femmes enceintes et les enfants

Durant la grossesse, l’organisme est déjà soumis à de fortes contraintes. La réglisse peut augmenter le risque de pré-éclampsie (une forme d’hypertension gravidique) et d’œdèmes. Chez les enfants, le risque est lié à leur faible masse corporelle. Une quantité de réglisse anodine pour un adulte peut représenter une dose toxique pour un enfant, provoquant rapidement des symptômes d’intoxication. La plus grande modération est donc recommandée.

Autres pathologies sensibles

D’autres conditions médicales augmentent la sensibilité à la glycyrrhizine. Il s’agit notamment :

  • Des maladies rénales : les reins étant responsables de l’équilibre hydro-électrolytique, toute surcharge peut aggraver une insuffisance rénale préexistante.
  • Des maladies hépatiques : un foie malade peut avoir des difficultés à métaboliser la glycyrrhizine, augmentant sa concentration et ses effets toxiques dans l’organisme.

La fragilité de ces populations face à la réglisse est d’autant plus préoccupante que les données de consommation révèlent une exposition très large et souvent excessive.

Consommation excessive : statistiques alarmantes

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation a tiré la sonnette d’alarme en se basant sur des études de consommation qui révèlent une situation inquiétante. Une part non négligeable de la population s’expose, sans le savoir, à des doses de glycyrrhizine dépassant les seuils de sécurité.

Des chiffres qui interpellent

Les enquêtes de l’Anses sont formelles. Parmi les personnes qui consomment des produits contenant de la réglisse, les niveaux d’exposition sont souvent trop élevés. Les données mettent en évidence une surexposition massive.

Population consommatrice Pourcentage dépassant la dose journalière sans risque (10 mg/jour)
Adultes Près de 60 %
Enfants Près de 40 %

Les sources cachées de réglisse

Cette surconsommation s’explique en partie par la présence de réglisse dans une multitude de produits, au-delà des simples bonbons. L’effet cumulatif est un piège : un consommateur peut absorber de la glycyrrhizine via plusieurs sources au cours d’une même journée sans en avoir conscience. On retrouve la réglisse dans :

  • Les confiseries (bâtons, rouleaux, pastilles).
  • Les boissons comme certaines infusions, tisanes et apéritifs sans alcool.
  • Les compléments alimentaires, notamment pour la digestion ou les maux de gorge.
  • Les chewing-gums et certaines pâtes dentifrices.

Cette omniprésence, couplée à une information souvent lacunaire sur les emballages, rend le contrôle de sa consommation très difficile pour le citoyen lambda.

Face à ce constat, il est indispensable de diffuser des règles de bonne pratique pour limiter les risques et permettre une consommation éclairée et sans danger.

Recommandations pour une consommation sécurisée

Pour profiter du goût de la réglisse sans mettre sa santé en péril, il convient de suivre des recommandations claires, basées sur la modération et l’information. Ces conseils s’adressent à la fois aux consommateurs et aux industriels de l’agroalimentaire.

Définir une dose journalière à ne pas dépasser

L’Anses a fixé la dose journalière de glycyrrhizine à ne pas dépasser à 10 milligrammes par jour pour la population générale. Le problème majeur est que cette information est rarement, voire jamais, mentionnée sur les étiquettes des produits. Il est donc quasiment impossible pour un consommateur de calculer son exposition quotidienne. Cette situation souligne l’urgence d’une réglementation plus stricte.

L’importance de l’étiquetage

Une mesure de santé publique efficace serait d’imposer un étiquetage clair et précis. Les emballages des produits contenant de la réglisse devraient non seulement mentionner sa présence, mais aussi indiquer la teneur exacte en glycyrrhizine par portion. De plus, un message d’avertissement visible devrait alerter les populations à risque (femmes enceintes, personnes hypertendues, etc.) des dangers potentiels.

Conseils pratiques pour le consommateur

En attendant une meilleure réglementation, la vigilance individuelle reste la meilleure protection. Voici quelques gestes simples à adopter :

  • Considérer la réglisse comme une gourmandise occasionnelle et non comme un aliment du quotidien.
  • Éviter de cumuler la consommation de différents produits contenant de la réglisse le même jour (par exemple, des bonbons et une tisane à la réglisse).
  • Lire attentivement la liste des ingrédients des produits, en particulier pour les infusions et les compléments alimentaires.
  • Informer systématiquement son médecin traitant ou son pharmacien de sa consommation de réglisse, surtout en cas de pathologie chronique ou de prise de médicaments.

La réglisse, bien que d’apparence inoffensive et appréciée pour sa saveur unique, cache des risques sanitaires bien réels en cas de consommation excessive ou chronique. La présence de glycyrrhizine peut entraîner une hypertension artérielle et une hypokaliémie, des troubles aux conséquences potentiellement graves, surtout pour les personnes vulnérables. Face à une exposition généralisée et souvent involontaire, la modération, la vigilance sur les sources multiples et le dialogue avec les professionnels de santé sont les clés pour se prémunir de ses effets indésirables. Une meilleure information du consommateur, via un étiquetage plus transparent, reste une étape indispensable pour garantir une consommation sécurisée pour tous.